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Biocarburants : Sécurité énergétique contre souveraineté alimentaire
(Mutations )


Selon des études, la production des agro carburants en Afrique pourrait aggraver la crise dans le secteur agricole.

"Il faut arrêter la course effrénée pour la production des agro carburants particulièrement en Afrique. Il faut avoir un moratoire sur la production industrielle des agro carburants si l'on veut faire face à la crise alimentaire qui secoue l'Afrique ces dernières années". Invité dans un colloque sur l'introduction des organismes génétiquement modifiés organisé les 6 et 7 Juillet 2009 à Yaoundé par le Réseau des acteurs du développement durable (Radd), Mamadou Goïta, socio-économiste du développement malien n'est pas passé par quatre chemins pour dire toute son opposition à la production par les pays africains et notamment le Cameroun des biocarburants.

"Plusieurs raisons ont été évoquées par la presse pour justifier la flambée des prix des produits agricoles. La raison la plus évoquée était relative aux responsabilités de la Chine et de l'Inde par rapport à leur mode de consommation. Au fur et à mesure que la crise évoluait, les causes profondes de la crise sont apparues. Il s'agit notamment de l'explosion de la production des agro carburants, de la faiblesse des stocks de produits notamment céréaliers en Europe et aux Usa et la spéculation financière qui s'est étendue aux produits alimentaires", a poursuivi pour étayer ses propos, le directeur exécutif de l'Irpad-Afrique (Mali) et membre de Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain (Copagen), Mamadou Goïta .Non sans démontrer que les Etats-unis (avec le déficit en poissons) et l'Union européenne (pour les céréales) étaient déficitaires pour la même période devenant des importateurs nets.

Toute chose qui devrait appeler les autorités camerounaises à faire preuve de prudence au moment où un projet d'extension de la Social de 30 000 hectares est annoncé pour combler le déficit d'huile de palme. Mais aussi pour produire des biocarburants. Un projet critiqué par la société civile qui n'y voit rien de plus qu'une menace de plus contre la sécurité alimentaire. Vrai ou faux? Toujours est-il que, soutient Jeanne Zoundjihepon de l'Ong béninoise Jinukun, les avantages attendus des biocarburants sur l'agriculture camerounaise ne sont pas si sûrs. "Pis, l'on devrait aboutir à terme à la promotion de l'agriculture industrielle au détriment de l'agriculture familiale, à la destruction de la biodiversité locale riche et de divers écosystèmes qui seront de surcroît remplacés par des déserts de monoculture".

Cheval de troie
Et l'étude met en exergue, "le soja, le palmier à huile, le maïs, la canne à sucre, le colza, à la destruction de certains rites et cultes qui utilisent plantes et animaux locaux, à la transformation des producteurs en ouvriers agricoles, voire des esclaves ou des bêtes à produire. Sans parler de la flambée des prix de certains produits alimentaires et la remise en cause du devenir de nos sociétés", argue t- elle. "Une analyse de l'apport des biocarburants uniquement centrée sur les revenus n'a aucune pertinence pour l'agriculture africaine qui assure également des fonctions de service, des fonctions sociales et des fonctions écologiques" soutient quant à lui, le prof. Boko qui estime en outre que les agro carburants sont un cheval de Troie pour faire entrer les Ogm dans l'agriculture, une base pour l'accaparement des terres, les changements climatiques et la crise alimentaire.

Ce d'autant plus que les pays africains non producteurs qui se ruent sur cette option ne seront pas pour autant en sécurité au plan énergétique. En cultivant des agro carburants, ils pensent posséder leur propre carburant et réduire ainsi leur vulnérabilité aux fluctuations des prix de pétrole. Les géo stratèges pensent que ce ne sera pas le cas. "Tout comme pour le pétrole et les autres biens mondiaux en général, le prix des agro carburants seront fixés sur le marché mondial. Produire ces combustibles ne garantira pas du carburant bon marché à la population locale", explique Grain, une Ong internationale. On ne peut donc pas, à court et moyen terme, miser sur les biocarburants pour atteindre l'autonomie énergétique.
A priori. La production d'agro carburants va réduire la dépendance aux carburants fossiles très coûteux. Mais l'on sait que de grandes réserves de pétrole n'ont pas fourni de sécurité énergétique aux pays concernés. "On prend l'exemple du Nigeria où 91 % des ménages utilisent encore le bois de chauffe et qui demeure pays pauvre: 71% d'une population qui a moins d'un dollar jour. Ne parlons pas du Delta du Niger sa région productrice du pétrole, mais la plus pauvre du pays", renchérit Mamadou Goïta.

Carburant contre nourriture
Dans son discours de fin d'année 2007, dans les solutions à envisager pour résoudre la crise énergétique que traverse le Cameroun, Paul Biya avait clairement opté pour les biocarburants. […] "Il serait utile que nous nous intéressions, en particulier aux biocarburants et à l'énergie solaire. Je ne verrais que des avantages à ce que nous étudiions la possibilité de développer au Cameroun la production de biocarburants à partir de certaines productions agricoles résiduelles, comme l'ont fait semble-t-il avec succès certains pays africains…[…], disait-il en substance.
En réalité le Cameroun faisait déjà l'objet de convoitise. Dans une de ses éditions de décembre 2007, le quotidien "Le Messager" annonçait qu'un groupe américain avait conduit le 24 octobre 2007 une étude de faisabilité pour l'installation d'une unité de production des agrocarburants à base de canne à sucre à Njombé-Penja dans le département du Moungo. C'est dire que le Cameroun a du potentiel s'agissant des agro carburants. Mais il a par ailleurs un gros déficit sur le plan alimentaire et sa partie septentrionale du pays fait face à une incessante insécurité.

"On ne peut pas comprendre qu'on parle de produire des biocarburants avec de l'huile de palme au moment où la consommation du pays est déficitaire. Nous sommes totalement contre ces biocarburants puisqu'ils concurrencent les produits alimentaires. Un tel projet signifie étendre les surfaces cultivées au détriment des cultures vivrières" s'insurgeait déjàBernard Njonga, président de l'Association citoyenne de défense des intérêts collectifs (Acdic).
A titre de rappel, Il existe trois grandes classes de biocarburants selon la matière végétale ou animale utilisée: Les biocarburants issus des plantes oléagineuses (contenant de l'huile) comme le colza ou le tournesol, les biocarburants obtenus à partir d'alcool produit avec des plantes contenant du sucre (betterave, canne à sucre) ou de l'amidon (blé, mil par exemple), le bioéthanol ou son dérivé l'Etebe (éther) et les biocarburants produits, sous forme gazeuse, par fermentation sans oxygène de toute matière organique (déchets alimentaires, déchets végétaux, culture…).

Francky Bertrand Béné



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